Le pays et nous

Yom Kippour, Jour du Pardon

 

                                                                        En route pour la prière

Les dix jours de pénitence, "jours redoutables" (yamim ha noraïm), nous conduisent de la fête de Roch Ha Chanah au Yom Kippour ou Yom Ha Kippourim, Jour des Expiations, Jour du Pardon, ce jour où Dieu "couvre" les péchés de son peuple.
La Torah précise que tous les enfants d'Israël, hommes et femmes (à partir de 12 ou 13 ans, l'âge de la maturité religieuse), sont tenus de l'observer. Et, en effet, beaucoup de personnes qui ne vont pas habituellement à la synagogue y vont ce jour-là : il s'agit en effet du jour le plus sacré du judaïsme.
L'observance de Kippour comporte deux aspects :
Tout d'abord, c'est une journée de jeûne intégral, abstinence totale de boisson et de nourriture depuis le coucher du soleil la veille, jusqu'à la tombée de la nuit le lendemain. Et, chose remarquable, parmi tous les jours de jeûne, il est le seul à n'être jamais remis, même s'il tombe le shabbat.
L'abstinence de nourriture et de boisson sont des moyens pour s'humilier devant Dieu. C'est ainsi, d'ailleurs, que Dieu lui-même a agi au désert envers son peuple : "Souviens-toi des marches que le Seigneur ton Dieu t'a fait faire pendant 40 ans dans le désert : il t'a humilié, il t'a fait sentir la faim... " (Deut 8, 2-3).
D'autres pratiques de pénitence s'ajoutent, comme p. ex. ne pas se laver ce jour-là, en signe de deuil. Cependant, la miséricorde prime : ainsi le malade, la femme enceinte pourront être dispensés du jeûne... et la jeune femme mariée depuis moins d'un mois est autorisée à faire sa toilette pour ne pas déplaire à son mari !

Le second aspect a lieu au cours de l'office à la synagogue : c'est la confession, publique et "solidaire", des péchés commis, par l'individu ou par la communauté, ainsi que les supplications pour obtenir leur pardon. Tout au long de la journée on va égrainer la litanie des péchés habituels aux hommes en disant « nous » : Nous avons été rebelles à ta volonté... nous avons été orgueilleux... nous avons menti... nous avons trompé, opprimé notre prochain...

Mais il ne s'agit pas là d'une démarche purement formelle. Le pardon de Dieu n'est accordé qu'à la condition qu'on ait d'abord sollicité celui de la personne vis à vis de laquelle on a péché. Même les défunts sont inclus dans la démarche de pardon : en effet, le coupable est obligé d'aller, accompagné de témoins, demander le pardon sur la tombe de celui qu'il avait offensé !
Cependant là encore, la miséricorde passe avant tout : si quelqu'un est vraiment trop honteux pour aller demander pardon lui-même, ou s'il a quelques craintes pour l'obtenir, il est autorisé à passer par l'intermédiaire d'un ami qui acceptera se charger de la démarche. De plus, celui qui refuserait le pardon sollicité se verrait lui-même exclu du pardon divin.

Les Juifs pieux utilisent en général les Jours redoutables pour ces démarches de pardon, et certains prennent un bain rituel avant le début du jeûne pour parfaire la purification, alors que d'autres passent la nuit en prière, en récitant parfois tout le livre des psaumes.

Le Tabernacle (qui contient les rouleaux de la Torah)Enfin le cœur prêt, on se présente devant Dieu. Comme à Roch ha Chanah, le tabernacle (Aron ha kodesh) et les rouleaux de la Torah sont recouverts de blanc et les officiants portent des vêtements blancs en signe de purification. Les hommes sont enveloppés de leur talith, châle de prière.
Cinq offices de prière ont lieu ce jour. Le premier, la veille au soir, est celui de Kol Nidré, appelé ainsi à cause de la prière par laquelle on demande à Dieu d'annuler tous les vœux faits de façon irréfléchie ou trop hâtivement. Le dernier, la Neïlah, rappelle que la dernière occasion de repentir sincère est offerte. A son issue le shofar sonne pour indiquer la fin du jeûne.
Les prières se succèdent. La très belle prière Avinou Malkénou (Notre Père et notre Roi), qui avait accompagné les jours de pénitence, y voisine avec les confessions et les supplications pour obtenir le pardon, les méditations, et les psaumes de bénédiction et de louanges. La parole de Dieu rappelle le sacrifice d'Abraham, le rituel de l'expiation tel qu'il fut pratiqué aux temps bibliques dans le sanctuaire du désert, puis au Temple de Jérusalem (cf. Lév. 16) , la conversion de Ninive dans le livre de Jonas, et enfin le passage bien connu du prophète Isaïe sur le jeûne qui plaît à Dieu.
Au dernier office, la Neïlah, on récite le Shema Israël, on proclame sept fois : le Seigneur, c'est Lui qui est Dieu et enfin on chante l'hymne Ptah lanou Chaar, (Ouvre nous la porte). Enfin, chaque famille se regroupe sous le talith déployé au-dessus des têtes pour y recevoir la bénédiction finale.
Les enfants (et parfois aussi les adultes) commencent alors à trépigner en attendant le shofar qui mettra fin au jeûne, et déjà sur le pas de porte de la synagogue, les fidèles commencent à partager quelques douceurs que les femmes ont eu soin d'apporter avec elles.

On l'a dit, le Yom Kippour a toujours été la fête la plus largement observée par les Juifs, y compris par ceux qui n'ont pas de pratique religieuse habituelle le reste de l'année. En Israël, tous les lieux de divertissement et de restauration publics restent fermés pendant plus de 24 heures, les stations de radio et de TV arrêtent leurs émissions. Pour les plus religieux, pour les sages, ce jour est la plus grande fête, jour de joie tant pour Dieu heureux de donner son pardon à ses enfants que pour les pécheurs pardonnés heureux de retrouver l'amitié de leur Père.
Et, à son issue, les plus fervents commencent parfois déjà à bâtir leur sukkah...

                                                           Construction de la sukka sur le balcon

 

 

Qui a participé, ne serait-ce qu'une fois dans sa vie, à tous les offices de la fête dans la componction du cœur et la fatigue physique mais aussi dans la joie de s'être rapproché tant soit peu du Dieu d'infinie sainteté et miséricorde ne l'oubliera plus