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Les fêtes que nous aimons célébrer

19 mars – fête de Saint Joseph

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St Joseph priant

 

 

 

Notre Mère Sainte Thérèse disait de lui :

L’expérience m’a prouvé que ce glorieux saint nous secourt en toutes circonstances ; le Seigneur veut ainsi nous faire entendre que de même qu’il fut soumis sur terre à celui qu’on appelait son père, qui était son père nourricier, et qui à ce titre pouvait lui commander, il fait encore au ciel tout ce qu’il lui demande.
(…)
Les personnes d’oraison, en particulier, devraient toujours s’attacher à lui ; car je ne sais comment on peut penser à la Reine des Anges, au temps qu’elle vécut auprès de l’enfant Jésus, sans remercier saint Joseph de les avoir si efficacement aidés. Que ceux qui ne trouveraient pas de maître pour leur enseigner l’oraison prennent pour maître ce glorieux saint, et ils ne s’égareront pas en chemin.
(Vie ch. VI)

A sa suite, beaucoup de carmélites ont pour Joseph une tendre vénération. Mais dans le monde, et même parmi les chrétiens, beaucoup portent sur lui et sur son culte un regard, disons… amusé. Pourquoi donc ?

Il est fort possible que cela vient de l’image que donnent de lui des évangiles apocryphes, et qui a souvent été relayée par l’iconographie : Un vieillard qu’un signe merveilleux désigne pour être donné à la Vierge Marie, non pas comme époux, mais comme un « gardien », un prête-nom, et pour tout dire, une sorte de « paravent » : rôle peut-être utile mais peu glorieux, et peut-être même un peu ridicule… On hausse les épaules…

Pourtant, ce n’est pas ce Joseph que nous présentent les Évangiles canoniques ! Il est vrai qu’ils n’en parlent pas beaucoup, mais chaque parole a son poids. Voyons un peu de près.

Matthieu :

  • Joseph est « l’époux de Marie de laquelle est né Jésus, celui qu’on appelle le Messie. »
  • Il vient à la suite d’une longue chaîne de noms, qui représentent « d’Abraham à David, 14 générations ; de David à la déportation à Babylone, 14 générations ; de la déportation de Babylone au Christ, 14 générations. »

Chiffres symboliques, bien entendu, dont nous avons plus spontanément la clé mais que les anciens lisaient aisément ; disons au moins schématiquement quelques mots : 14 correspond au chiffre du nom de « David », et Joseph est celui par qui, légalement, Jésus sera reconnu « Fils de David » (donc le Messie possible).

Le chiffre 3, quant à lui, est porteur de significations multiples. Contentons nous d’en citer quelques unes (parmi bien d’autres possibles, non seulement dans la spiritualité biblique mais encore dans la culture et spiritualité universelles).

  • Les 3 parties de la Bible hébraïques : Torah, Neviim et Ketouvim (Loi, c-à-d le Pentateuque, Prophètes, et autres Écrits)
  • Les 3 fils d’Adam (Caïn, Abel, Seth), et ceux de Noé, avec qui une nouvelle humanité recommence après le déluge (Sem, Cham, Japhet)
  • Le 3e jour qui, bien avant la Résurrection du Christ, signifie dans la Bible un jour faste, jour de guérison, de délivrance, du don de la Torah au Mont Sinaï…
  • Les 3 jeunes gens libérés de la fournaise ardente
  • Les 3 jours et trois nuits du jeûne d’Esther…

On pourrait multiplier les références… et au bout se profile déjà en filigrane, pour nous chrétiens, l’ineffable Mystère de la Trinité.

  • Joseph est ensuite appelé « juste », ce qui veut dire celui qui est « ajusté » à la volonté de Dieu, et aussi celui qui est en lui-même « authentique ».

De tous les textes de l’Évangile, c’est peut-être celui-ci qui a été, avec les meilleures intentions d’ailleurs, le plus incompris, le plus maltraité.

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Icône : Jésus prie avec Joseph

Joseph « juste » voulant répudier Marie enceinte parce qu’il la croyait coupable ? mais c’est un non-sens, une contradiction dans les termes ! En tant que « juste », il aurait été obligé de la dénoncer. S’il voulait la protéger, il faut le dire miséricordieux et non juste !

Plusieurs auteurs, tant anciens que modernes, dénoncent ce non-sens ; hélas, ils ne sont guère écoutés ! Joseph, parce qu’il est juste, s’arrête au seuil du mystère qu’il pressent sans le comprendre ; il ne veut s’approprier ce qui n’est pas sien. La parole de l’ange en songe ne vient pas lui révéler l’innocence de Marie, il n’en doute pas, mais lui indiquer sa propre mission dans le Mystère du Salut :

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. Ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus : car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.  »

Mission grande en vérité, et Joseph pourrait être tenté de reculer. Pourtant, en toute simplicité, il pose le même « oui » que Marie à l’Annonciation : Joseph fit comme l’Ange du Seigneur lui avait prescrit.
(À suivre)

Luc :

Il nomme pour la première fois Joseph dans un contexte qui peut sembler étrange, mais qui est tout simplement « mystère » (= c’est-à-dire qu’il nous sera révélé un jour… peut-être seulement dans l’éternité !)

L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David.

Or quand l’ange annonce à Marie qu’elle deviendra la mère du Messie (« le Seigneur lui donnera le trône de David, son Père » - et Marie sait que Joseph est de la tribu de David, alors qu’elle-même, malgré la légende tenace, n’en est probablement pas !), elle répond : « Je ne connais pas d’homme ».

Réponse étrange d’une jeune fille fiancée, alors que rien, absolument rien dans la Tradition juive ne prévoyait que le Messie devrait naître d’une vierge… Inclinons-nous devant le Mystère de Dieu, comme le fit Joseph. (À suivre)

Si vous voulez lire vous-même les textes correpondants dans la traduction oecuménique, vous pouvez les trouver ici

Il est à remarquer qu’aucun des Évangiles ne rapporte de paroles de Joseph. Il est là, simplement disponible à la volonté de Dieu, il se tait, mais il fait. Puisse-t-il nous apprendre à accepter, adorer et accomplir la volonté de Dieu comme il l’a fait : car elle est toujours, profondément, une volonté de salut pour le monde.

Une dernière réflexion enfin (pour cette fois) ; elle concerne l’âge de Joseph.

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Joseph avec Enfant Jésus (statue espagnole)

L’Évangile n’en dit rien. Mais pouvons-nous imaginer que Dieu n’aurait pas voulu pour son Fils une vraie famille qui lui permettrait, dans la logique même du sérieux de l’Incarnation, de s’épanouir humainement entre une mère et un père, apprenant d’eux ce que tous les petits d’homme apprennent pour devenir hommes à leur tour ?

Même si un jour viendrait où il dirait à ses parents stupéfaits, lorsqu’ils le retrouveraient dans le Temple :

Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ?

 

 

 

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